La montgolfière - #1 : 7 manières de prendre du recul par rapport à l’addiction


Remarque préalable :

La métaphore de la montgolfière est généralement utilisée pour illustrer le lâcher-prise.

Dans cet article, je la propose plutôt comme un outil de prise de recul pour travailler sur soi et changer.


"J’ai bien compris que je dois impérativement prendre du recul pour arrêter le porno et la masturbation. Mais je n’y parviens pas car le propre de mon addiction est de me tenir le nez collé au guidon."


Bref, le serpent se mord la queue…


C’est bien connu : pour se tirer d’une situation difficile, il est recommandé de prendre un peu de distance par rapport à soi-même, de changer son angle de vue. Faire "un pas de côté ", comme disait ma professeur de philosophie en terminale. Ou encore "se mettre dans la peau d’un autre". Et plus le problème est complexe ou désagréable… plus la prise de recul devient déterminante.


Cette distanciation va donc s’avérer fondamentale pour mettre fin à un comportement compulsif autour de la pornographie et la masturbation.


Mais il y a là une difficulté majeure…

Entre l’aérostat et le coutelas, il faut choisir !


Cette difficulté réside dans le fait qu’une addiction, en elle-même, se présente comme un "trouble de la prise de recul". Foncièrement fusionnelle, elle abolit d’une certaine façon toutes les distances.


Relation toxique par nature, la dépendance est un lien qui aliène.

Un lien qui interdit de remettre en question le diktat des pensées-prisons. Un lien qui tient captif des jugements rigides et dévalorisants vis-à-vis de soi-même. Un lien qui rend incapable de tirer parti des expériences négatives pour corriger le comportement problématique. Un lien qui isole de l’entourage. Un lien qui entraîne le désespoir puisqu’aucune perspective d’amélioration ne semble envisageable. Un lien qui, étant devenu indispensable, génère une peur paralysante de la séparation. Et donc un lien qui cloue au sol.


Dans ces conditions, comment trouver la marge de manœuvre, l'espace sans lequel l’arrêt est impossible ? Comment rompre le cercle vicieux du nez collé au guidon pour entreprendre un travail de fond et changer ?


Comment se libérer de l’épée de Damoclès suspendue en permanence au-dessus de la tête ?



Comment ? En remplaçant ce coutelas… par un aérostat.

Pour changer, je vous invite en effet à faire vôtre la métaphore de la montgolfière.


Vous désirez lâcher votre lien toxique ? Prenez place dans le ballon d'auto-observation, lâchez du lest, élevez-vous et partez… à la rencontre de vous-même.


Voici donc 7 manières de prendre de la hauteur grâce à la montgolfière


#1 - Vous surprendre "la main dans le sac"

Le premier intérêt de la montgolfière est de constituer un poste d’observation privilégié pour vous prendre en flagrant délit de "départ en dérapage incontrôlé".



De là-haut, en tant que spectateur, vous pouvez vous regarder en train de penser, ressentir et agir. Vous avez donc accès à une meilleure compréhension de votre fonctionnement.


Le cas échéant, vous bénéficiez de votre affût pour déceler un passage en mode "pilote automatique".


Comme un témoin objectif, vous pouvez alors identifier les étapes successives de la "glissade" :

  • Situation objective susceptible de provoquer la crise (déclencheur).

  • Survenue de pensées-prisons automatiques, et difficulté à vous en distancer.

  • Surréaction émotionnelle provoquée par les pensées, et difficulté à accueillir et accompagner le ressenti physique associé à cette émotion.

  • Impulsion suivie éventuellement d’une perte de contrôle puis d’un passage à l’acte compulsif.

Bien évidemment, il est toujours humiliant d’être pris en flagrant délit de dérapage. Mais vous avez le pouvoir de changer votre vision sur ce point. Si un incident se produit, décidez de tirer les enseignements de cette expérience désagréable. Imaginez qu’à chaque fois que vous vous surprenez la main dans le sac, vous en profitez pour retirer de celui-ci… une poignée de sable. Ainsi, chaque "glissade" est en réalité une occasion de délester un peu la montgolfière : en prenant davantage d’altitude, vous pouvez vous observer sous un angle nouveau, et par conséquent progresser dans la connaissance de vous-même.

Or, mieux se connaître est la clé n° 1 du changement…



#2 - Vous mettre à l’abri en cas de crise


La montgolfière tient aussi lieu de refuge quand survient une difficulté.


En cas de crise, c’est vrai qu’on a plutôt tendance à se réfugier dans un abri souterrain. Testez plutôt le ballon aérien…


Mais détrompez-vous : faire de la montgolfière n’est pas une activité dangereuse. Dans votre aérostat, vous êtes en sécurité.


D’abord, n’ayez pas peur de partir à la dérive, d’être emporté par un courant d’air. Votre aérostat est relié au sol grâce à un cordage solide. Contrairement au lien addictif, cet amarrage est sain : il vous procure sécurité et sérénité.


Ensuite, ne craignez pas les secousses météorologiques et émotionnelles. Vous pouvez en effet moduler votre altitude pour éviter les nuages (le record d’altitude à bord d’une montgolfière est de… 21 km).


En cas de coup de mou voire de crise, si vous percevez que la situation peut échapper à votre contrôle, un seul réflexe : embarquez.

La question de la sécurité appelle ici une remarque particulière. Le vol en montgolfière peut procurer à tort la sensation d’être en insécurité et de ne rien maîtriser.

A ce titre, il illustre le changement radical d’état d’esprit à expérimenter pour sortir de l’addiction : il consiste à passer de la logique de fuite/lutte à celle d’acceptation/accompagnement (ce point sera développé dans d’autres articles, à venir).



#3 – Vous regarder avec bienveillance


La montgolfière vous apporte un regard extérieur, donc neutre et bienveillant. Ce changement de point de vue ne peut que vous faire du bien.



Cela semble évident : on peut embarquer du monde dans la nacelle d’un ballon (jusqu’à 20 personnes !). Potentiellement, vous n’êtes donc pas seul à bord. Invitez qui vous voulez : famille, amis, collègues, inconnus, etc.


D’une certaine façon, l’embarquement de ces passagers constitue d’abord un symbole. Il illustre le fait que, pour tourner le dos à l’addiction, il est impératif de revisiter ses relations humaines. À chacun son chantier : accepter de sortir de sa toute-puissance (illusoire, comme en témoigne l’échec de l’addiction) pour entrer dans une dépendance vis-à-vis de quelqu’un ou quelques-uns ; ne plus dissimuler sa vulnérabilité ; s’ouvrir à de nouvelles relations ; etc.


De façon plus terre-à-terre, si j’ose dire, la présence d’une personne à vos côtés dans votre frêle nacelle vous assure un regard extérieur sur vous-même. Avec tous les avantages que cette expérience comporte : complémentarité des points de vue, neutralité, compréhension, bienveillance, patience… Allons plus loin : pourquoi ne pas carrément vous contempler, accueillir la beauté et la bonté qui sont en vous ?


Dans cette affaire, votre bandit-manchot (la petite voix) n’a qu’à bien se tenir ! Expert en pensées-prisons et adepte des opérations d’auto-sabotage et de manipulation, il est le seul passager inopportun à bord de la montgolfière…



#4 – Prendre conscience de vos interactions avec le monde


La montgolfière est un point haut pour ouvrir les yeux sur les autres, sur le monde qui vous environne, et surtout sur les conséquences négatives de votre comportement addictif.


La métaphore du ballon est d'abord un outil pour travailler l’auto-observation. Mais chacun de nous... n'est pas seul au monde. Par conséquent, ne passons pas à côté des choses simples : avant même d’être ce point d’observation complémentaire sur vous-même, la montgolfière permet tout bêtement… de regarder le monde et les hommes vivre. Le réglage de l’altitude vous permet de varier à l’infini les points de vue. Bien entendu, la posture de bienveillance et de contemplation que je vous invite à adopter vis-à-vis de vous-même est valable aussi pour regarder les autres.


Le changement de perspective sur le monde revêt deux avantages.


Le premier est déterminant pour tourner le dos à l’addiction. De là-haut, vous avez plus de facilité pour mesurer les conséquences négatives de vos actes, et, grâce à ce travail de feed-back, changer réellement. A condition d'effectuer les démarches suivantes : identifier et gérer les situations déclenchantes ; reprogrammer avec efficacité votre cerveau en prenant de la distance avec les pensées-prisons ; consentir à vos émotions ; choisir des réponses comportementales plus adaptées et en cohérence avec vos valeurs.


De plus, vous prenez conscience que vous occupez réellement une place au sein du monde, au milieu des autres. Le spectateur dans le ballon constate que l’acteur qu’il voit "sur le terrain" joue un vrai rôle dans la vraie vie.



#5 – Être vous-même, tout simplement


Grâce au ballon, vous vous dissociez de votre addiction et vous percevez mieux le mode "être".


Dans un première temps, vous allez découvrir que vous ne vous confondez pas avec votre addiction. Certes, vous êtes aux prises avec un problème. Mais vous n’êtes pas ce problème. Vous ne vous réduisez pas à vos comportements compulsifs, à ces actes que vous réalisez malgré vous et qui entraînent des souffrances.


Vous allez vivre une expérience de "défusion", de "désidentification", de "désolidarisation". Cessez de penser et de dire "Je suis un dépendant", "je subis donc je suis… nul".


Dans un deuxième temps, généralisez cette logique de défusion : appliquez-la à l’ensemble de votre vie. Vous allez percevoir le mode "être" avec davantage de profondeur. Si vous êtes capable de vous observer en train de penser, de ressentir et de réagir, c’est que vous êtes plus que cela. Vous disposez d’un "moi" plus global. Le mode "être" correspond à la dimension stable et permanente de votre personne. Il se distingue clairement des modes faire, avoir, et paraître. Ceux-ci entraînent des souffrances parce qu’ils conditionnent votre valeur à des impératifs de performance, de possession, de séduction.


Au ras-du-sol, prisonnier de la honte et de la culpabilité, vous avez tendance à vous dénigrer. Mais votre dignité résulte du fait que vous êtes une personne. Vous êtes une valeur, tout simplement.



#6 – Disposer d’une ressource spirituelle


Faire une ascension en montgolfière, c’est accéder à une forme de transcendance.


En posant la question du sens, le spirituel procure un complément substantiel de motivation. Ce n’est pas pour rien si beaucoup de personnes libérées d’une addiction témoignent avoir fait appel à une "force supérieure". À quoi bon se désengluer de son addiction si la vie n’a pas un sens profond, c’est-à-dire une origine et une direction ?


Avec simplicité et universalité, la métaphore de la montgolfière dit quelque chose de cette quête spirituelle, de cette recherche d’un infini transcendant. Le ciel n’est-il pas, pour de nombreuses spiritualités, le symbole de l’entité divine ? L’image du ballon peut donc vous rejoindre, vous aussi, quelles que soient vos convictions philosophiques et religieuses et votre histoire personnelle.


D’un point de vue "géographique", le Dieu transcendant se situe "au-dessus" et semble invisible. Pourtant, il n’est ni dominateur ni lointain. Au contraire, il se laisse approcher, voire rencontrer.


Pour celui qui désire changer, l’entité divine constitue une véritable ressource. D’une part, elle soutient, conseille, procure de la force, accompagne. D’autre part, et c’est un point absolument fondamental, elle ne juge pas, ne condamne pas. En un mot, elle est une présence qui aime de manière inconditionnelle.


Pour les personnes qui ne croient en aucun dieu ni en aucune transcendance, la montée en ballon permet de toute façon de rejoindre un soi plus léger, plus pur, aspirant au bien. À ce titre, leur désir de changement ne peut que bénéficier d’un tel "éveil" spirituel.


#7 – Voler… pour arrêter de se rincer l’œil avec des images "volées"


Prendre de la hauteur grâce au ballon permet de réfléchir à son regard vis-à-vis de la pornographie.


Quoi qu’on veuille nous faire croire, les contenus de la pornographie resteront des "images volées" à l’intimité. Le pseudo-consentement des uns (ceux qui déballent, ceux qui se dévoilent) et des autres (ceux qui matent ou découvrent par hasard) n’y changera absolument rien.


Pour sortir de cette spirale voleur-voyeur, un petit vol en ballon peut procurer un bon bol d’air salutaire.


On dit que le regard est susceptible de tuer. C'est vrai.

Il peut être violent dans son effet sur le regardé : coller les yeux sur un corps pour le posséder, le chosifier, c’est tuer la personne dont il est l’enveloppe.

Il peut être violent dans son effet sur le regardant : voir ce qu’on ne devrait pas regarder, c’est se faire aspirer, sidérer. C'est se laisser déposséder de sa liberté. Si les yeux sont décollés de leur orbite, peut-on encore habiter pleinement son corps, et continuer de vivre ?


Consentir à monter dans la montgolfière, c’est donc s’éloigner de ce qu’on voudrait s’approprier, et décoller ses yeux (les rouvrir) pour retrouver sa liberté.


Voler, non. Piloter sa vie, oui.


2e partie de l'article (à venir) : comment pratiquer l’exercice de la montgolfière

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Tanguy Lafforgue

Coach et thérapeute

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